Des économies sur le dos des conducteurs et des usagers
Du mardi 1er au mercredi 9 septembre, une grève massive a paralysé le réseau de transports en commun de la métropole de Clermont-Ferrand (dirigée par des partis bourgeois). Elle s’opposait à un plan d’économies budgétaires demandé par le SMTC (Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération clermontoise) à l’opérateur T2C, qui s’élève à 5 millions d’euros. Déjà, le gel des embauches à court terme et le blocage de la valeur du point salarial avaient été annoncés au printemps.
Alors que la mise en place d’un nouveau plan de circulation dans le cadre du projet « Inspire » a entrainé une augmentation significative de l’activité, les grévistes revendiquent, eux, une augmentation des salaires dont le pouvoir d’achat est rogné par le regain d’inflation. Ils réagissent également aux nombreuses agressions dont les conducteurs et médiateurs de T2C sont victimes, et réclament une meilleure prise en charge et un meilleur suivi des personnes en détresse psychologique responsables de ces agressions. Enfin, ils dénoncent la réouverture à la circulation par la mairie de Clermont-Ferrand, de certains axes jusque-là réservés aux bus, ce qui entrainera des retards pour les usagers, des conséquences sur les conditions de travail des conducteurs et des couts supplémentaires.
L’annonce du plan de restructuration avait déjà donné lieu à une journée de grève, massivement suivie, le 1er juillet, et les conducteurs avaient exercé leur droit de retrait le 9 juillet, après une troisième agression en 15 jours.
Grèves reconductibles et négociation en coulisse de l’intersyndicale
La détermination des travailleurs de T2C à obtenir le retrait de cette attaque et leur mobilisation ne faisaient donc aucun doute. C’est pourquoi l’intersyndicale CGT, UNSA, CFDT, CGC a déposé un préavis de grève reconductible à compter du 1er septembre, au lieu d’appeler à la grève totale jusqu’à satisfaction. Ce mot d’ordre aurait signifié la rupture de toute discussion avec la direction de l’entreprise sur son plan d’économies budgétaires, l’exigence de son retrait pur et simple. La suite a prouvé que l’intersyndicale continuait à discuter avec le patron pendant qu’elle faisait porter sur les épaules des grévistes la poursuite ou non de la grève.
Le 1er septembre, environ 80 % des conducteurs étaient grévistes, ainsi que près de 100 % des travailleurs des services techniques, de sécurité et de médiation. À partir du jeudi 3 septembre, ils ont installé des piquets de grève devant les principaux dépôts, afin d’empêcher le départ des bus et donc la reprise partielle du trafic annoncée par la direction de T2C. Mais, sans comité de grève élu par les travailleurs mobilisés, le pouvoir de décision et de contrôle du mouvement est resté dans les mains de l’intersyndicale qui s’est bien gardée d’unifier les rangs, de mobiliser les sections syndicales des grandes entreprises locales, en premier lieu Michelin, pour que tous ces usagers des transports exigent le retrait du plan SMTC-T2C, et bien-sûr de rendre des comptes sur le fait qu’elle poursuivait le dialogue avec l’ennemi pendant que les travailleurs allaient au front.
Des objectifs partagés ou antagoniques ?
Le 9 septembre, après 8 jours de grève, sans réaffirmation par l’intersyndicale de l’objectif, le retrait du plan, sans soutien organisé des travailleurs de l’agglomération, alors que 60 % des conducteurs restaient grévistes, une réunion de plus de deux heures entre les représentants syndicaux, la présidente de T2C et le président du SMTC a conduit à la reprise du travail. Une lettre des deux présidents a servi de feuille de route aux « négociations ». Ils s’engagent à prendre en charge les surcouts d’exploitation pour l’année 2026 et àporter le budget 2027 de T2C à 92,5 millions d’euros (2,5 millions de moins qu’en 2026… et l’objectif patronal des 90 millions est réaffirmé pour 2028 !). Est également proposé d’« ouvrir un espace de discussion conjoint avec les organisations syndicales » concernant les questions budgétaires afin de « travailler sur des objectifs partagés et réalistes, en préservant les acquis en matière de rémunération et les conditions de travail ».
Les travailleurs de T2C ont montré par leur mobilisation, les piquets et les 8 jours de grève, qu’ils ne « partagent pas les objectifs » de la direction, qu’ils voulaient l’affronter et la vaincre. Les dirigeants des syndicats ont au contraire misé sur un accord avec elle, jeté sous la table le retrait du plan d’économies et de restructuration.
La discussion ne doit pas se limiter à des objectifs comptables. Nous avons obtenu la remise à plat de la trajectoire budgétaire prévue. C’est essentiel pour nous, car nous voulons éviter que l’entreprise soit disloquée. (Romain Cusco, représentant CGT, NVO, 14 septembre)
Les bureaucrates de l’intersyndicale se félicitent des propositions de « coconstruction » de T2C et du SMTC, c’est-à-dire d’être les partenaires du taulier
Avec le SMTC, on a convenu d’une feuille blanche, c’est déjà bien, tout est à construire et on sera là pour défendre les salariés. (Romain Cusco, ICI Pays d’Auvergne, 9 septembre)
Ils sont prêts à s’insérer pleinement dans tous les cadres du dialogue social, de la concertation sur les réductions budgétaires aux négociations annuelles obligatoires (NAO), pour faire accepter la dégradation des conditions de travail et de salaire, mais aussi de la qualité du service, à laquelle les salariés sont particulièrement attachés. La concertation avec le patronat, qui se fait toujours selon ses termes et ses conditions, ne peut mener à rien d’autre !
Tirer les leçons pour préparer la grève victorieuse
Contrairement à ce que raconte Lutte Ouvrière (Auvergne-Rhône-Alpes, T2C, Une grève victorieuse, 10 septembre), les faibles concessions budgétaires et les vagues promesses servent patrons et bureaucrates mais ne donnent pas satisfaction aux revendications des travailleurs. Elles bafouent l’ampleur du mouvement que la bureaucratie a cantonné à un rôle de pression pour l’obtention d’un « moindre mal » et d’un agenda garni de nouvelles « concertations » avec la direction.
Beaucoup de grévistes en ont conscience.
Je reste amer sur ce qu’on a obtenu. Quand on dit que c’est une victoire d’avoir obtenu une rallonge sur le budget 2026, oui d’accord, mais pour moi c’est le minimum ! Il faut un réel budget de fonctionnement. (Claude, conducteur de bus, ICI Pays d’Auvergne, 9 septembre)
Pour obtenir satisfaction sur les salaires et les conditions de travail, pour répondre réellement aux besoins de transport des élèves et des travailleurs qui les utilisent, il faut non cogérer mais rompre avec la logique capitaliste de rentabilité. Et pour garantir durablement et nationalement ces droits légitimes, il faut le pouvoir des travailleurs.
16 septembre 2026
Correspondante
