Discrimination à l’université : tirer les leçons des défaites pour préparer l’affrontement et la victoire

Le 19 mai, le gouvernement Lecornu-Baptiste a publié son décret sur les frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires. À partir de la rentrée 2028, les universités ne pourront exonérer que 20 % maximum des étudiants concernés. Pour atteindre cette part, la proportion maximale sera de 30 % à la rentrée 2026 et de 25 % à la rentrée 2027. Le « recul » du ministre de passer de 10 % à 20 % n’existe que pour permettre la poursuite de la participation des chefs syndicaux au Cneser, au CSE, dans les conseils universitaires de cogestion…

Les étudiants extracommunautaires concernés ressentiront eux bel et bien la défaite. Celle-ci a eu lieu sans combat. Pour cause, elle était amorcée depuis 2019 avec l’instauration de « Bienvenue en France » et de ses frais d’inscription exorbitants (2 845 euros en licence, 3 941 euros en master). La « lutte » a été renvoyée encore une fois par les petits appareils étudiants (Fage, Unef, UE, Solidaires, FSE, LPL…) à un vote au Cneser et à des manifestations locales, des « actions coup de poing » stériles.

Le 12 mai, les bureaucrates et apprentis bureaucrates, flanqués de leurs alliés réformistes (LFI, PCF) et centristes (NPA-R, RP, NPA-AC, PT, LO…) ont appelé à une manifestation au ministère « devant le conseil qui discutera de l’application du décret ». L’objectif n’était pas d’affronter le gouvernement mais d’appuyer les cogestionnaires du Cneser, comme si un quelconque vote pouvait contraindre le gouvernement. Le ministre ne s’est même pas donné la peine de se déplacer. Comme pour toutes les attaques précédentes (loi ORE/Parcoursup, LPR…), le Cneser a voté « contre » (62 contre, 2 pour, 4 abstentions) et le gouvernement, par son ministre, a tout de même publié le décret.

Dès le lendemain du Cneser, l’intersyndicale FSU-CFDT-UNSA-SUD-CGT-FO de l’enseignement supérieur et de la recherche a repris ce qu’elle a fait en 2018 avec Parcoursup, en 2019 avec Bienvenue en France : faire voter des motions symboliques dans les conseils universitaires, appeler à une journée d’action, tout continuant à siéger dans les CA qui appliquent les frais d’inscription discriminatoires du gouvernement.

L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche appelle à multiplier les prises de position contre ce décret dans les universités. Elle appelle à une nouvelle journée de mobilisation le mardi 26 mai… (Tract de l’intersyndicale de l’ESR, 13 mai 2026)

Les « organisations de jeunesse » (Unef, UE, Solidaires étudiant.e.s, FSE, LPL, NPA-JR, NPA-JA, FJR…) , pour se donner un semblant de radicalité, ont appelé au 26 mai et à la grève sans AG… trois jours après la publication du décret et alors que les étudiants quittaient les universités après les examens. 

Nos organisations appellent à rejoindre la date du 26 mai appelée par l’intersyndicale étudiante et professionnelle de I’ESR et à grossir les rangs des manifestations et rassemblements qui s’organisent dans plusieurs villes. Il faut construire une grève massive dans les universités, nous n’accepterons pas une rentrée où une partie des étudiants paient ces frais différenciés !  (Tract des organisations de jeunesse, 22 mai 2026)

Le Cneser et les conseils d’université ont de nouveau joué leur rôle décidé en 1968 par de Gaulle et son ministre Faure : intégrer les syndicats de l’ESR et étudiants à l’État, prévenir la grève.

Toute organisation qui veut réellement défendre les  travailleurs et les étudiants, qui veut les mobiliser contre les agissements de l’État bourgeois est forcément étrangère à la participtation gaullistes, comme l’Unef à la rentrée de l’année universitaire 1968-1969.

Les étudiants, y compris étrangers, conscients par l’expérience de la stérilité des « journées d’action » combinées à la cogestion n’y ont guère participé. Les rassemblements locaux n’ont pas excédé pas quelques dizaines d’étudiants, la manifestation du 12 mai a compté 500 étudiants pour toute la région parisienne, celle du 26 mai, après le passage du décret, seulement 300.

Le bloc des chefs des « organisations de jeunesse » appellera, à la rentrée, à une nouvelle « journée d’action » et à des mobilisations locales, tout en se rendant dans les conseils d’administration qui appliqueront la sélection, le décret Baptiste et les frais d’inscription différenciés. Des milliers d’étudiants d’autres pays seront exclus des facs, IUT, etc. de ce pays. 100 000 étudiants étrangers n’auront également plus accès APL.

Mais les conditions de vie, d’études et de travail des étudiants et des travailleurs les amèneront à lutter contre les plans du gouvernement au service du capital : pénurie de logement étudiant, austérité budgétaire, embrigadement militariste, privatisation, frais d’inscription exorbitants généralisés, sélection accrue… Il leur faut balayer tous les obstacles.

Il faut que les syndicats appellent dans l’unité, à la rentrée, à des assemblées générales dans toutes les universités, aux coordinations des délégués locales, régionales et nationale pour préparer la grève générale contre le gouvernement Macron Lecornu Baptiste.

Suppression des frais d’inscription spéciaux pour étudiants extracommunautaires ! Abrogation de « Bienvenue en France » ! Abolition de Campus France ! APL pour tous les étudiants sans distinction !

Défense des CROUS ! Contrôle des CROUS par leurs travailleurs et les étudiants ! Repas gratuits dans tous les restos U matin, midi et soir en quantité et qualité suffisantes ! Logements universitaires gratuits sous l’égide unique des CROUS ! Expropriation des établissements privés du supérieur, des sociétés immobilières capitalistes du logement étudiant !

Gratuité des études ! Annulation des dettes étudiantes auprès des banques !

À bas la procédure Études en France ! Abrogation de Parcoursup et de la sélection à l’entrée en master !

Abrogation des lois et circulaires contre la liberté d’expression à l’université ! Annulation des poursuites et sanctions contre les militants de la cause palestinienne !

Un seul syndicat avec droit de tendance pour les étudiants (comme l’Unef de mai 1968), un seul syndicat pour les travailleurs de l’ESR, relié à une seule confédération démocratique !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *