Legrand : le « dialogue social » contre l’action de classe

Le 21 juillet, les salariés des 4 sites menacés de fermeture par Legrand se sont déplacés au siège du groupe, rejoints par plusieurs dizaines de leurs collègues des sites de Limoges. Pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent pas perdre leur travail, pas accepter des reclassements synonymes de déménagement ou d’allongement du temps de transport quotidien. Certains ont connu la fermeture du site de Pau et sont partis travailler à La Rochelle, et aujourd’hui, ça recommence.

La CGT avait appelé à ce rassemblement. Pourquoi ? Pour poursuivre la « discussion » avec les licencieurs, au sein du comité social et économique (CSE) qui se tenait ce jour-là.

Il faut que la direction entende notre mécontentement, entende notre besoin d’avoir une autre trajectoire pour notre entreprise. (Lionel Guy, secrétaire CGT Legrand Limousin)

On est très attachés au dialogue social et on comprend l’émotion que ce projet de réorganisation industrielle peut susciter, donc on est à l’écoute des partenaires sociaux lors de ce CSE central. (Morgan Malecotte, directeur général de Legrand France)

Les patrons de Legrand sont tout disposés à « entendre le mécontentement » parce qu’il ne fait pas beaucoup de bruit : leurs « partenaires » ont accepté dès le 23 juin de négocier le « plan socioéconomique » avec ses 178 postes supprimés, les intérimaires sur le carreau et la fermeture progressive de Pont-en-Royans, Confolens, Lagord et Châlus. Ils ont repris la « négociation » du plan patronal le lendemain du rassemblement.

Jamais les responsables syndicaux n’ont proposé aux travailleurs un axe clair de combat : aucune fermeture de site, aucune suppression d’emploi ! CDI pour les précaires ! Si Legrand maintient sa décision, grève générale de tout le groupe jusqu’à satisfaction !

Voilà les revendications qui expriment véritablement les intérêts des travailleurs. Guy ne les énonce pas ; il préfère des mots vides de sens, comme le souhait d’« une autre trajectoire pour notre entreprise », au moment où le patron licencie, prouvant à qui appartient la boite ! Pour arracher le droit de décider ce qui est produit, avec qui et comment, il faut exproprier, il faut réaliser le programme communiste. Difficile de croire que c’est ce que Guy a en tête, il fait juste du bruit avec sa bouche.

Les dirigeants syndicaux, entre eux, déblatèrent facilement sur le « manque de combattivité » de la base alors qu’ils l’éteignent en refusant de soumettre aux travailleurs un vrai plan de bataille. Et quand 350 travailleurs se sont déplacés, ils font croire que l’issue viendra de leur bagou dans le CSE, de leur capacité à convaincre le patron qu’il s’y prend mal pour accroitre son profit ! Au lieu de renforcer la juste détermination des travailleurs à garder leur emploi, contre la décision patronale de le supprimer, ils rabâchent que les intérêts des exploiteurs et des exploités peuvent coïncider. Quand il est tricolore, le capitalisme peut compter sur leur fervent soutien.

Cette décision n’est pas entendable parce que Legrand reste très rentable en France et que si on continue dans cette spirale, il n’y aura plus de Legrand France… Ce n’est plus entendable de voir nos tissus industriels français se désagréger à cette vitesse-là. (Lionel Guy, secrétaire CGT Legrand Limousin)

Lors d’une prise de parole au micro, une représentante de la CGT a dénoncé une « voie dangereuse de désindustrialisation ». (franceinfo Nouvelle Aquitaine, 21 juillet)

Les trois députés de Haute-Vienne présents, les LFI Manon Meunier et Damien Maudet, le PS Stéphane Delautrette ont tenu le même discours que la bureaucratie syndicale.

On soutient les salariés, déclare Damien Maudet, ne serait-ce que par ce que ce sont eux qui font la fierté de l’entreprise Legrand mais aussi parce qu’ils veulent défendre notre souveraineté aujourd’hui. (franceinfo Nouvelle Aquitaine, 21 juillet)

La force unie des 5 000 travailleurs du groupe Legrand n’a jamais été sollicitée, la grève générale jusqu’au maintien des sites menacés n’est ni discutée ni préparée. Guy et Maudet proposent maintenant que « l’opinion publique » et « tout le monde » occupent le premier rang dans l’organisation de l’absence de riposte.

Il faut que l’opinion publique aussi s’empare de ces dossiers. (Lionel Guy)

On a une entreprise qui est bénéficiaire, qui a été construite grâce à la force de ses salariés et qui décide de fermer tout en préservant les actionnaires : ce n’est pas normal et tout le monde devrait se sentir concerné. (Damien Maudet)

Maintien de tous les emplois et de tous les sites !

Assemblées générales pour empêcher les patrons de nuire en décidant la grève générale des travailleurs du groupe Legrand si le plan de rentabilisation n’est pas retiré !

27 juillet

Correspondants

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