Au congrès de la CGT, reconduction de l’équipe dirigeante, continuité de l’orientation réformiste

Le 54e congrès de la CGT s’est tenu du 1er au 5 juin 2026 à Tours. Elle affirme avoir 600 000 adhérents. C’est la 2e centrale d’un paysage syndical français particulièrement éclaté, derrière la CFDT et devant FO qui a aussi tenu un congrès national en 2026.

Plus de 1 000 délégués, dont 80 % étaient inexpérimentés car mandatés pour la première fois, se sont rassemblés pour tirer le bilan depuis mars 2023, fixer l’orientation à venir pour les prochaines années, adapter les structures et les statuts, désigner un organe de contrôle de 5 membres, la commission financière de contrôle (CFC), et un organe dirigeant de 50 à 60 membres, la commission exécutive confédérale (CEC).

L’autre organe de direction, le Comité confédéral national (CCN), n’est pas élu par le congrès confédéral, il est composé de 300 représentants des fédérations et des unions départementales. C’est cette émanation des appareils qui désigne le bureau confédéral, sa secrétaire générale et l’administrateur de la confédération parmi les élus du CEC.

Les délégués disposaient d’un « rapport d’activité » (84 pages), d’un « rapport financier », d’un « document d’orientation » (253 pages !) et d’une liste (82 candidats) pour les deux instances à pourvoir.

La place de la CGT dans l’émiettement syndical français

Avec FO, la FSU, l’UNSA et les CNT, la CGT actuelle est une descendante de la première centrale syndicale fondée en 1895, à l’époque sous influence révolutionnaire de type anarchiste. Par contre, la CFDT, la CFTC et Solidaires (les SUD) viennent historiquement de la CFTC, rassemblant en 1919 les associations constituées contre la CGT par l’Église catholique, alors très puissante.

La confédération était, à sa naissance en 1895, antimilitariste et internationaliste. Elle promettait de renverser le capitalisme grâce une grève générale. Peu à peu, la CGT régressait, convergeant avec les syndicats liés au SPD allemand et au POB belge, aux syndicats qui avaient fondé le Parti travailliste britannique.

Le pillage des colonies et des pays sous-développés de l’époque permettait aux grandes puissances capitalistes d’entretenir à peu de frais une certaine « aristocratie ouvrière », base du réformisme, en même temps que de développer un chauvinisme colonialiste d’autant plus dangereux qu’il était propagé par l’école primaire et associé à l’idée même de République. (André Barjonet, La CGT, 1968, ch. 1)

En 1914, la bureaucratie syndicale a ouvertement soutenu la guerre de sa bourgeoisie impérialiste et a même participé au gouvernement d’union nationale tout au long du conflit. Néanmoins, la première et la plus ferme opposition à la guerre est née dans la CGT et non dans le PS-SFIO.

L’équipe de Jouhaux à la tête de la CGT a expulsé après la guerre les révolutionnaires, anarchistes et communistes (de la section française de l’Internationale communiste de Lénine et de Trotsky). Les exclus fondèrent en 1921 la CGTU qui adhéra à l’Internationale syndicale rouge.

De son côté, pour concurrencer la CGT, la CFTC était obligée de se comporter comme un syndicat, de négocier les salaires, les horaires et les conditions de travail, de revendiquer des améliorations et de réclamer l’application des lois concédées par l’État, au point parfois d’appeler à faire grève. Elle compte 30 000 adhérentes dans l’industrie textile du Nord en 1920.

L’une des originalités les plus saillantes du syndicalisme catholique, tôt implanté dans le monde du travail féminin et qui, en imposant la non-mixité, permet le développement d’un syndicalisme féminin autonome et résolu, dans lequel des militantes apprennent les voies de la revendication et de la contestation. (Pierre Karila-Cohen et Blaise Wilfert, Leçon d’histoire sur le syndicalisme en France, 1998, p. 208-209)

L’expression « monde du travail » était celui du clergé, qui évitait de parler de classe ouvrière et de classes en général. Elle est toujours utilisée par la CFDT et la CFTC, mais elle est maintenant partagée par la bureaucratie de la CGT.

Quand le PC, stalinisé sous la pression de la bureaucratie privilégiée de l’URSS, se rallia à son tour en 1934 au patriotisme et en 1935 à l’alliance avec des partis bourgeois (le front populisme), plus rein d’essentiel ne le distinguait du PS-SFIO. La voie était ouverte à la réunification syndicale entre la CGT et la CGTU qui s’opéra en 1936. Après la défaite de l’impérialisme français, la direction Jouhaux de la CGT fit la cour au maréchal Pétain, représentant la majorité de la bourgeoisie qui se pliait à la prépondérance allemande en Europe.

La CGT offre sa collaboration au gouvernement… Elle déclare renoncer à l’article premier des statuts qui lui assignait pour but « la disparition du salariat et du patronat »… La CGT préconise une communauté française du travail… Ainsi, dans le régime qui s’instaure, la CGT réclame une place. Elle ne l’obtient pas. (Georges Lefranc, Le Syndicalisme en France, 1981, p. 82-83)

Face à l’interdiction des grèves et de syndicats par le régime de Vichy, orchestrée par René Belin (élu au bureau confédéral depuis 1933), la bureaucratie de la CGT se rallia au CNR du général de Gaulle qui persistait dans le choix de la Grande-Bretagne comme alliée.

Quand le PC, stalinisé sous la pression de la bureaucratie privilégiée de l’URSS, opta à son tour en 1934 au patriotisme et en 1935 à l’alliance avec des partis bourgeois (le front populisme), plus rien d’essentiel ne le distinguait du PS-SFIO. La voie était ouverte à la réunification syndicale entre la CGT et la CGTU qui s’opéra en 1936. En 1940, lors de la défaite de l’impérialisme français, la direction de la CGT fit la cour au maréchal Pétain, représentant la majorité de la bourgeoisie qui se pliait à la prépondérance allemande en Europe. Face à l’interdiction des grèves et de syndicats, la direction de la CGT se rallia au CNR du général de Gaulle qui persistait dans le choix de la Grande-Bretagne comme alliée.

Après la 2e guerre mondiale, la CGT passa sous le contrôle du PCF qui aidait le général de Gaulle à désarmer les travailleurs, à sauver le capitalisme français et à reconstruire l’État bourgeois. Au nom de « l’unité antifasciste », les ministres PCF et les chefs syndicaux condamnaient alors les grèves.

De 1945-à 1947, pour les chefs staliniens, « la grève est l’arme des trusts » (du grand capital)

Les staliniens excluaient, calomniaient, agressaient physiquement leur adversaire déclarés ou leurs propres dissidents. Ces procédés ont facilité la scission de FO lors de la « guerre froide » et l’autonomisation de la FEN (l’ancêtre commun de l’UNSA et de la FSU), ainsi que l’émergence de la CFDT durant « les 30 glorieuses ». Le PCF, en s’effondrant et en se fractionnant à la suite du rétablissement du capitalisme décidé par la bureaucratie étatique de l’URSS en 1989-1992, a relâché son emprise sur la CGT (et sur les syndicats de la FSU). Il a aussi cessé d’employer la violence physique au sein du mouvement ouvrier. Le PCF et son clone LFI fournissent toujours un ciment idéologique (patriotisme, antilibéralisme, keynésianisme, nostalgie du gaullisme, front populisme, protectionnisme, europhobie…) qui soude tant bien que mal l’appareil de la CGT et de la FSU.

Au centre des préoccupations, les questions d’organisation

La bureaucratie n’est pas à l’abri des contradictions. Lors du 53e congrès, si le consensus était total contre la grève générale, les disputes furent vives sur l’intersyndicale (le bloc avec la CFDT) ou sur la succession de Martinez. « Ne pas revivre le 53e congrès » était donc la consigne pour le 54e.

Pas question de reproduire entre nous les logiques de disqualification… Il n’y a pas de traitre dans cette salle. (Sophie Binet, Discours introductif, 1er juin)

Des traitres aux intérêts ouvriers, il y en avait pas mal dans la salle, en particulier dans l’équipe sortante (dont les membres ont été félicités un par une par la secrétaire générale, seule candidate au poste cette fois-ci) et à la tribune. Mais personne n’a osé le dire, parce qu’il n’y a pas de fraction lutte de classe dans la CGT.

L’équipe de Binet et Brun a interdit la retransmission en direct des débats. Elle a choisi de faire des concessions à la fédération du commerce, qui avait envahi la tribune en 2023, et qui est un des pires modèles des magouilles et des procédés autoritaires qui sont pourtant la règle dans les bureaucraties ouvrières. Cette fois-ci, c’est la fédération de la santé et de l’action sociale qui a tenté le coup, réclamant plus de temps de parole alors que ses délégués étaient intervenus plus que proportionnellement, ce qui a suscité des huées d’une bonne partie de la salle. D’ailleurs, la plupart des intervenants ont débordé le temps imparti (au dépens de ceux qui suivaient) et défendu des amendements insignifiants (au détriment des vrais problèmes).

Ont été validées l’annexion aux statuts du « cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles » (avec le vote de 71 % des délégués), la création de « syndicats professionnels territoriaux » pour essayer d’organiser et de conserver des syndiqués isolés, la « maison commune avec la FSU », c’est-à-dire le rapprochement avec un appareil jumeau, structuré par les mêmes partis politiques.

Seul échec, a été repoussée une modification de statuts pour créer un organe qui empêcherait des instances de la CGT de s’adresser à la justice pour régler leur litige avec d’autres. Un phénomène récurrent, dont un exemple est l’exclusion de la CGT Poissy par le tribunal correctionnel de Bobigny sur plainte de la fédération de la métallurgie en décembre 2022.

Le bilan financier a été approuvé à plus de 90 % des délégués, le bilan d’activité à plus de 81 %, le document d’orientation à presque 75 % (l’abstention était de plus de 4 %). Binet, seule candidate au poste de secrétaire générale et Brun, seul candidat au poste d’administrateur, ont été élus sans difficulté à la CEC par 84,23 %, et 81,15 % des délégués.

L’équipe dirigeante était donc soulagée à l’issue du congrès.

Ce congrès est celui du rassemblement. C’est un nouveau cap très important que nous avons franchi cette semaine ensemble. (Sophie Binet, Discours final, 5 juin)

Elle a aussitôt décrété quelques journées d’action inoffensives à la SNCF, dans la presse…

La classe ouvrière recule, la direction s’autocongratule

Depuis la dernière crise capitaliste mondiale, les augmentations de salaire dans les entreprises de France n’ont pas compensé l’inflation
Le Monde, 1er octobre

Alors que le prolétariat subit des attaques contre ses droits à l’emploi, aux soins, au logement, que sa fraction immigrée ou étrangère est traquée, qu’il y a 9,8 millions de personnes pauvres, la direction voudrait être « la CGT des bonnes nouvelles ». Par conséquent, son bilan est une suite d’affabulations.

Nous avons fait dérailler le quinquennat d’Emmanuel Macron. La « start up nation » voulait enterrer le syndicalisme, c’est le syndicalisme qui a enterré la « start up nation ». (Sophie Binet, Discours d’ouverture, 2 juin)

Depuis la mobilisation des retraites… la CGT s’est placée au centre du jeu social et politique, ne s’est interdit aucun sujet. Nous devons mesurer, avec réalisme et fierté, que, malgré le contexte social difficile que nous traversons, les mobilisations de la CGT ont changé la donne… (Rapport d’activité, p. 3)

Nous avons fait payer très cher à Emmanuel Macron son passage en force : il a sacrifié cinq premier·es ministres et perdu toute capacité à dicter une politique. Depuis notre 53e congrès, nous avons réussi à bloquer toutes les réformes de Macron et du patronat. (p. 4)

Nous avons participé à l’ensemble des mobilisations initiées par le Collectif pour une paix juste et durable en Palestine, travaillé à l’élargissement de l’unité syndicale sur le sujet et multiplié les interpellations du président de la République… Ces initiatives ont été déterminantes pour gagner un changement de position de la France, qui a reconnu l’État de Palestine. (p. 71)

Tout au long de 2023, l’intersyndicale conduite par les directions confédérales de la CFDT et de la CGT a accepté de discuter du projet antisocial de Macron-Borne, le report de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans. Quand le gouvernement a soumis son projet de loi au parlement, toutes les bureaucraties syndicales ont été obligées de s’y opposer, sous peine de se discréditer au profit d’une concurrente.

Cependant, pour protéger le capitalisme français, pour empêcher la grève générale qui aurait battu le gouvernement, elles ont, en parfait accord, recouru à la panoplie habituelle : pétition de l’intersyndicale, « journées d’action » (grèves limitées à un jour) décrétées par l’intersyndicale, « grèves reconductibles » dans les secteurs combattifs, déviées par les chefs CGT sur d’autres objectifs que le retrait du projet de loi Macron-Borne.

Ce n’est pas tout. L’intersyndicale, a totalement conforté les illusions institutionnelles que répandaient au même moment les parlementaires du PS, du PCF et de LFI : référendum, saisie du Conseil constitutionnel, motion de censure avec des partis bourgeois (EELV, LIOT, une partie des LR, RN). Ainsi, l’intersyndicale a désorienté les travailleurs, a permis la survie de Macron et a fait le lit du RN, devenu un parti sur qui on pouvait compter.

Des travailleur.ses ont tenté de déborder les directions syndicales. Mais aucune fraction lutte de classe n’a combattu, dans les assemblées générales et dans les syndicats, pour la rupture des « négociations » du projet de loi Macron-Borne, pour la grève générale jusqu’au retrait du projet, pour l’autodéfense contre la police.

Cela n’aurait pas garanti la victoire. Mais la collaboration de classes des partis réformistes et des sommets syndicaux a abouti, inévitablement, à une défaite retentissante de la classe ouvrière.

COR, Rapport annuel, 11 juin 2026

La tromperie du rapport d’activité, faire passer une défaite pour une victoire, reprise sans vergogne dans de multiples interventions, prépare évidemment d’autres trahisons des bureaucraties syndicales, si la bourgeoisie française surmonte la crise de représentation politique qui la ronge actuellement.

Pratique chauvine et maquillage internationaliste

Les prolétaires ne sauraient se plaindre que 109 représentants des syndicats d’autres pays soient accueillis avec enthousiasme par le congrès (même si Nicolas Ouédraogo, secrétaire général CGT du Burkina, n’a pas obtenu de visa du gouvernement Macron-Lecornu).

En même temps, la direction de la CGT explique que « le capital utilise la globalisation pour asservir les peuples » (Document d’orientation, p. 158). En réalité, le capital utilise avant tout « la patrie », « la nation » (l’axe de « l’extrême-droite ») pour diviser, asservir et exploiter et que son instrument pour cela est l’État national. Tant dans les périodes d’internationalisation du capital (comme celle qui a suivi la seconde guerre mondiale et qui est désormais révolue) que dans les périodes de repli national, de protectionnisme et de militarisme (comme celle ouverte par la crise capitaliste mondiale de 1929 et celle que nous subissons aujourd’hui), le capital utilise l’État pour asservir son propre peuple et, quand cela lui est possible, les autres peuples.

En régime capitaliste, on n’éliminera jamais les antagonismes politiques et économiques… Aussi, la guerre est en puissance dans chaque geste, dans chaque entreprise de nos maitres… Il nous appartient donc de constituer dans ce pays le plus fort organisme d’opposition aux plans de coercition, de conquêtes du militarisme français. (1er congrès de la CGTU, 1922, p. 18)

La direction confédérale, comme la CFDT, fait l’apologie de l’ONU : « la CGT exige le renforcement de l’ONU » (Document d’orientation, p. 155, 238, 239, 240, 242, 243). L’ONU n’a jamais été au service de la classe ouvrière, ni des peuples opprimés. L’ONU est une façade « pacifiste » des États bourgeois du monde entier. Ils n’y sont même pas traités à égalité puisqu’elle confère un droit de véto à 5 puissances impérialistes dont l’État français. L’ONU a soutenu la colonisation sioniste (plan de partition de la Palestine en 1947), agressé la révolution chinoise (« guerre de Corée » en 1950, avec la participation de l’armée française), étouffé l’économie de l’Iran en 2006, approuvé de fait le génocide à Gaza (plan Trump en 2025).

L’équipe sortante de la CGT parle des « besoins de la France » (p. 239) en oubliant les classes, comme si les besoins des patrons et de l’état-major étaient les mêmes que ceux de la classe ouvrière. Elle parle de « notre industrie » (p. 154) alors que les filiales, entreprises et groupes industriels, commerciaux ou bancaires situés en France n’appartiennent pas aux travailleurs mais à des capitalistes français et étrangers. N’est-ce pas repousser du syndicat les ouvriers et les employés étrangers, préparer le terrain aux xénophobes de LR et du RN ?

Dans la même veine, la direction confédérale parle de l’État français comme incarnant « la France » (Document d’orientation, p. 158, 254). Mais il est aux mains de la bourgeoisie française, aucunement du prolétariat multinational de la France. De manière incohérente, la direction confédérale bavarde sur le « désarmement » mondial tout en préconisant le renforcement de l’industrie française de l’armement.

Le désarmement mondial est une composante essentielle du processus de paix. La création d’un Pôle public national de défense (PPND) serait le gage d’une défense nationale indépendante au service de la Paix. (Document d’orientation, p. 239)

Les réformistes essaient de tromper les travailleuses et les travailleurs : ce n’est pas « notre » industrie de guerre, ce sont des capitalistes de la destruction ! Ce n’est pas notre armée, ce n’est pas notre police, ce sont l’armée et le police de la bourgeoisie !

CGTU, 1er aout 1929

L’antifascisme bourgeois, une maladie sénile du réformisme

Les prolétaires ne sauraient se plaindre que la CFDT, la CGT, la FSU et Solidaires dénoncent le RN, un parti raciste qui veut les diviser, restreindre le droit de grève, renforcer la police et l’armée, accentuer la discrimination (accentuer car la « préférence nationale » s’exerce déjà dans les droits politiques, l’accès à la fonction publique, etc.).

Les partis d’extrême droite ne peuvent jamais être mis dos à dos avec les autres partis car l’extrême droite n’est pas de même nature. (Document d’orientation, p. 155)

Personne ne peut délimiter « la gauche » du « centre », le « centre » de « la droite », « la droite » de « l’extrême droite » parce que ce sont des catégories vides, élastiques, inventées pour camoufler la lutte entre les classes et pour subordonner la classe ouvrière à une fraction de la bourgeoisie.

Le morcèlement de la bourgeoisie française en un grand nombre de secteurs, de fractions et de factions a souvent trompé le peuple. (Friedrich Engels, 8 octobre 1889, La 3e République, ES, p. 233)

Le président de LR a rejoint en 2024 le RN : Ciotti a-t-il alors changé de nature ? Le RN est un parti bourgeois, il est donc de même nature que LR, UDI, Horizon, MoDem, Renaissance et compagnie. Les jeunes de LR et du RN font la fête ensemble.

Du fait de la montée de l’extrême droite dans la société, dont les idées se diffusent largement, notamment à droite, les rapports de classe s’exacerbent. (Document d’orientation, p. 219)

C’est exactement l’inverse. L’impasse du capitalisme alimente la réaction. Dans le monde entier, la tension grandissante entre les différentes bourgeoisies remet à l’ordre du jour le protectionnisme (que la direction de la CGT approuve) et le militarisme (qu’elle regrette, tout en soutenant la « défense nationale »), affaiblit toutes les organisations internationales du consensus mis en place par l’impérialisme vainqueur de la seconde guerre mondiale (ONU, FMI, OMC…). La tension entre le prolétariat et la bourgeoisie, l’incapacité de cette dernière, même dans les pays impérialistes, à promettre un avenir meilleur à la classe exploitée et aux semi-exploitées (indépendants, encadrement) la pousse à miser de plus en plus sur le cléricalisme, le nationalisme, la xénophobie. En France, les petits patrons étaient largement conquis et le Medef, qui méprisait autrefois le FN-RN, est désormais prêt à s’accommoder d’un gouvernement RN.

Comparer Le Pen à Hitler (Rapport d’activité, p. 3) n’est pas sérieux. Comme à la CFDT, l’entourloupe « antifasciste » permet d’effacer les classes, de justifier la soumission à la bourgeoisie.

Nous allons interpeler l’ensemble des candidats et candidates à la l’élection présidentielle. (Sophie Binet, Discours d’ouverture, 2 juin)

La CGT porte ses revendications auprès des organisations politiques hors extrême droite. (Document d’orientation, p. 248)

C’est nier la lutte des classes. Qui peut croire qu’Attal, Retailleau, Philippe ou tout autre représentant politique de la bourgeoisie française va soudain, par la magie du verbe de Binet, satisfaire les revendications ?

Une « lutte contre l’extrême-droite » qui conduit à voter pour les autres partis bourgeois (EELV, PP, MoDem, Ensemble, Horizons, LIOT, LR…), pour Macron au second tour de la présidentielle, facilite la démagogie du parti fascisant qui prétend être le seul à défier le « système ». La soumission des partis réformistes, des bureaucraties syndicales n’a évidemment pas empêché les gouvernements macronistes de défendre le capital, de s’en prendre à la classe ouvrière et à l’immigration, de restreindre les libertés et de réprimer, de préparer la guerre… toutes choses que le RN prétend faire mieux que feu le « bloc central ».

La CGT souffre d’une bureaucratie corrompue, il faut l’en libérer !

La direction regrette « l’institutionnalisation » du syndicalisme (Document d’orientation, p. 4, 13, 81) parce qu’elle repousse des millions de travailleuses et de travailleurs et donc affaiblit son utilité aux yeux du capital. Mais elle ne peut pas toucher à sa racine, la corruption à tous les niveaux de l’appareil par l’État bourgeois et le grand capital.

Tous les appareils des confédérations significatives sont intégrés au capitalisme français pour un cout actuel d’environ 4 milliards d’euros par an. Même aux échelons inférieurs de l’appareil, des dizaines de milliers de responsables échappent totalement ou partiellement à l’exploitation quotidienne (décharges des représentants du personnel, autorisations spéciales d’absence…). Au sommet, les avantages s’accroissent par de multiples canaux :

• le « dialogue social » au niveau de l’entreprise (contribution patronale au dialogue social, financement des comités d’entreprise…), des branches d’activité et au niveau national (« interpro »),

• la cogestion des 6 branches de la Sécu, du régime de retraites complémentaires (Agirc-Arrco) et de l’assurance chômage (Unedic),

• la participation aux conseils d’administration ou de surveillance des groupes capitalistes,

• la présence au Conseil économique social et environnemental (CESE) et à ses déclinaisons régionales (CESER), au Conseil d’orientation des retraites (COR), au Comité de suivi des retraites (CSR), à l’Organisation internationale du travail (OIT)…

Quotidiennement, des liens se nouent entre responsables syndicaux avec la hiérarchie des entreprises et des administrations, les hauts fonctionnaires et les politiciens gouvernant les collectivités territoriales ou le pays entier. Surtout, les sinécures que procurent le « dialogue social », le « paritarisme », la cogestion sont confortables et grassement rémunérées. Bien sûr, le niveau de vie qu’elles confèrent reste éloigné de celui des grands capitalistes, mais il tranche avec la situation des travailleuses et travailleurs syndiqués, sans parler des couches les plus précarisées et paupérisées de la classe ouvrière, généralement peu syndiquées.

Cela explique pourquoi les dirigeants confédéraux et fédéraux sont ralliés à « la nation », à « la France ». Cela explique pourquoi les bureaucraties syndicales acceptent de négocier tous les plans étatiques contre les salariés, pourquoi elles se rendent obséquieusement aux convocations à l’Élysée, à Matignon, aux sièges des ministères. Cela explique pourquoi elles refusent d’appeler à la grève générale lors des mobilisations et s’efforcent de l’empêcher en décrétant des « journées d’action » limitées ou en encourageant des « grèves reconductibles » dispersées.

La classe ouvrière a besoin d’une seule centrale syndicale, unifiée, démocratique, indépendante du patronat et de son État, reposant sur des syndicats de lutte de classe.

3 octobre 2026

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