Budget d’austérité
Arguant d’un déficit de 1,6 milliard d’euros, le gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles, dirigé par les partis bourgeois Mouvement réformateur (MR) et Les Engagés, veut faire des économies. Il prévoit d’ici 2029 quelque 500 millions d’euros de coupes sur un budget global de 15 milliards d’euros environ.
Les travailleurs de l’enseignement et leurs élèves, les étudiants, sont en première ligne des attaques du décret-programme présenté en octobre 2025 et que le Parlement vient de voter majoritairement dans la nuit du 4 au 5 juin : augmentation de 10 % de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur (plus 2 heures hebdomadaires) sans compensation salariale (ce qui revient à baisser le salaire et à « économiser un équivalent de 1 300 emplois » d’après le gouvernement lui-même), durcissement des règles concernant les congés maladie, resserrement du régime de fin de carrière des professeurs, relèvement des droits d’inscription à 1 194 euros pour 58% des étudiants du supérieur dès la rentrée prochaine, 55 000 enfants dans les quartiers les plus précarisés vont perdre leur accès gratuit au repas de midi.
Résistance
Très massivement, les enseignants et les étudiants ont exigé le retrait du décret-programme, manifestant dans toutes les villes de Wallonie, tandis que les directions CSC Enseignement-CGSP Enseignement-SETCaSEL–SLFP Enseignement, en « front commun syndical », ont passé des mois à discuter avec les représentants du gouvernement, lui laissant le temps de dérouler son calendrier, de journées d’action par secteur en 24 heures de grève nationale qui ne l’ont jamais menacé.
Un collectif d’enseignants s’est constitué (Mars Attacks, mettant aujourd’hui en réseau 250 établissements) en réaction à la politique conciliatrice des bureaucraties syndicales, mais sans réussir à définir l’orientation qui permettait réellement d’isoler le gouvernement, de lui opposer la force unie des professeurs et des jeunes : Rupture de toute « négociation » sur le décret-programme, grève générale de l’enseignement jusqu’au retrait, élection des comités de grève, centralisation de ces comités à l’échelle de la Wallonie.
Le 4 juin, jour du vote des députés, ni les dirigeants des syndicats, ni le collectif MA n’ont appelé à une manifestation centrale pour empêcher le vote. Des rassemblements avec grèves et piquets devant les établissements d’enseignement, des défilés en ville ont eu lieu à Charleroi, Namur, Liège, Mons… et par centaines, enseignants et étudiants ont convergé vers Bruxelles. La police, en tenue antiémeutes, boucle le quartier du Parlement. Elle ferme aussi la plupart des sorties de la gare Centrale, ne laissant qu’un seul accès ouvert pour décourager les manifestants d’atteindre le siège de l’assemblée. Beaucoup de familles renoncent devant l’impressionnant dispositif répressif (hélicoptère, camions autopompes, herses…). Malgré tout, 3 000 grévistes enseignants et étudiants se tiennent devant le Parlement, scandant leur volonté de défaire le plan d’austérité.
À 14 h 50, des manifestants sont parvenus à pénétrer dans le Parlement de la FWB rue des Colonies en forçant deux portes d’accès. Un fumigène a été lancé à l’intérieur, déclenchant l’alarme incendie, sans toutefois interrompre les travaux des députés. Des policiers ont été appelés en renfort pour sécuriser le bâtiment, tandis que des gaz lacrymogènes ont été utilisés face à la foule et qu’une autopompe était positionnée devant l’entrée. (RTL, 4 juin)
Alors que les débats se déroulaient dans un certain calme, ce jeudi, au sein du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les travaux ont été marqués par un incident survenu peu avant 19 h 30, quand une dizaine d’étudiants, manifestement bien préparé(e)s, ont bruyamment interrompu une prise de parole de Diana Nikolic (MR). Calmement installés au « perchoir » dans la partie réservée au public depuis plusieurs heures, ils se sont soudain levés et ont jeté des tracts au sein de l’hémicycle avant de hurler à de multiples reprises le slogan « Profs, élèves, tous en grève ! » ou pour accuser les partis de la majorité de mentir d’un très véhément « Vous mentez ! ». Il aura fallu plusieurs minutes pour qu’ils et elles soient maitrisé(e)s et exfiltré(e)s par la police militaire chargée de faire régner l’ordre sur place, d’autant que certain(e)s étaient parvenu(e)s à s’attacher à la rambarde. (L’Avenir, 4 juin)
À l’extérieur, sous prétexte de disperser un petit nombre de casseurs opportunément présents, les forces de répression ont gazé, bousculé, insulté, frappé à la matraque enseignants, élèves, parents, étudiants.
La déclaration du chef de l’exécutif communal qui soutient évidemment les flics ne peut cependant cacher la réalité.
Interpelé de toutes parts, le bourgmestre de Bruxelles-Ville, Philippe Close (Parti socialiste de Belgique), a défendu sa police tout en reconnaissant la gravité des faits : « Les propos transphobes, sexistes, racistes, homophobes et les symboles d’extrême droite n’ont rien à faire dans la police », a-t-il déclaré dans les colonnes du Soir. (Virgule, 9 juin)
Plusieurs rassemblements se sont tenus depuis pour protester contre les violences policières ; la Ligue des droits humains (LDH) a publié les témoignages des contrôles au faciès, de l’utilisation des techniques de nasse facilitant les violences, etc.

Leçons à retenir
Les directions des syndicats ont refusé une fois encore d’organiser le combat efficace contre le gouvernement. Maintenant que la loi est votée, elles soutiennent une requête de constitutionnalistes contestant le non-respect de délais entre les différentes phases de son adoption ; le collectif MA a ouvert une cagnotte pour financer les recours juridiques. Ces manœuvres ne donneront la satisfaction d’aucune revendication parce qu’elles orientent les enseignants, les étudiants, vers les institutions de l’État édifiées précisément pour garantir le pouvoir de la bourgeoisie et de ses représentants.
Leur préavis de « grèves » au pluriel jusqu’à la fin de l’année scolaire, leur annonce d’une journée d’action à la prochaine rentrée, servent à épuiser et contenir la combattivité des enseignants sans gêner le gouvernement. Les mots d’ordre de grève des notes ou des examens, gérés établissement par établissement, sont aussi des impasses : quand la grève est totale (ce que les dirigeants n’ont jamais voulu), la question des examens est réglée ; sinon, le combat est dévoyé : profs contre élèves, contre parents ; « irréductibles » contre « raisonnables ».
La volonté de s’organiser à la base, de se prononcer sur les décisions d’actions que démontre la création de Mars Attacks, si elle est très positive, ne suffit pas à définir une ligne claire pour arracher le retrait du décret-programme. Cette tâche reste à accomplir pour préparer la revanche. Dans tout le réseau, dans les sections syndicales, il faut discuter et adopter des plans d’action qui tirent le bilan de l’année écoulée :
1/ Non aux journées d’action à répétition qui ponctionnent le salaire et ne font pas reculer le gouvernement, il faut préparer la grève générale de l’enseignement jusqu’à satisfaction.
2/ Les directions des syndicats, en poursuivant « le dialogue social » empêchent l’isolement du gouvernement MR-Les Engagés. Les ignorer leur laisse le champ libre. Il faut organiser l’opposition à leur politique : motions, délégations qui exigent la rupture de toute concertation sur l’application de l’austérité à l’école et donc l’appel à affronter unitairement le gouvernement pour le vaincre, à préparer la grève générale.
3/ La protection des piquets de grève, des manifestations est indispensable face à la police et aussi aux casseurs. Lors des rassemblements du 4 et du 5 juin, des enseignants ont formé des chaines pour protéger les manifestants, en particulier les jeunes, cibles privilégiées des flics. Il faut organiser sérieusement nos services d’ordre, cette autodéfense qui seule protège les opposants à la politique du capital.
13 juin 2026
