Le 4 juin, la direction générale de Legrand-France annonce qu’elle veut délocaliser en transférant l’activité de 4 sites : Pont-en-Royans à Saint-Marcellin, Confolens et Lagord à Limoges, Châlus à Sillé-le-Guillaume, et supprimer au passage 178 postes.

En début d’année, Legrand avait déjà annoncé la fermeture du site de Fontaine-le-Bourg (Seine maritime). Au lieu de se dresser contre tout licenciement, les chefs syndicaux étaient soucieux de protéger « la France », c’est-à-dire le capitalisme français (qui inclut les actionnaires et les manageurs de Legrand, Total, Dassault…).
Le made in France, c’est pas de la com ! Que Legrand prenne ses responsabilités. (Sophie Binet, 19 février)
D’où les « assises du made in France » de la direction nationale de la CGT le 26 mars. La défense de « la France », fait des partis ouvriers (LFI, PS, PCF) les complices de leur propre bourgeoisie impérialiste. La cogestion fait des « représentants des salariés » dans les conseils d’administration (Sophie Bourdais et Philippe Bourdolle à Legrand) des valets du patron. La défense du « made in France » (CGT, FO) ou du « made in Europe » (CFDT) divise les travailleurs et entrave la lutte de classe. Pour soutenir « sa » bourgeoisie, la direction de la CGT a soutenu la guerre mondiale en 1914 et en 1939 ; pour préserver le capitalisme français, elle a mis fin à la grève générale en 1936 et en 1968 ; l’Intersyndicale (CFDT-CGT-FO-UNSA-SUD) a empêché la grève générale en 2023, ce qui a causé une défaite qui pèse encore.
Legrand présente la nouvelle restructuration, qui ne sera pas la dernière, ni en France, ni ailleurs, comme une contribution à la défense de l’environnement (« transition énergétique ») et à la réindustrialisation nationale (« un ancrage industriel en France conforté ») de manière à se concilier les médias, le gouvernement macroniste, les partis réformistes et les appareils syndicaux.
Ce projet vise à simplifier l’organisation des activités de production, à favoriser l’émergence de nouveaux centres d’excellence et à renforcer la compétitivité du « fabriqué en France ». À l’issue du projet, Legrand resterait solidement implanté sur le territoire français avec 14 sites industriels, incarnant un « Fabriqué en France » renforcé, plus spécialisé et plus apte à répondre efficacement aux demandes des clients comme aux enjeux de la transition énergétique et numérique. (Legrand France, Communiqué de presse, 4 juin)
Aujourd’hui, le sentiment spontané des travailleurs des sites visés par Legrand est le désespoir et la colère, celui des sites épargnés est souvent le soulagement. Le chacun pour soi facilite l’opération du patron ainsi que les manœuvres conciliatrices. Les responsables syndicaux appellent au secours les élus de tout bord, lors des débrayages du 22 juin (seulement sur les quatre sites menacés) pour « faire pression » sur la direction de Legrand France qui commettrait une erreur.
Ces sites sont rentables… Nous sommes soutenus par l’ensemble de la population, par les politiques, et nous espérons envoyer un message fort à notre direction. (Lionel Guy, CGT, 22 juin) ; C’est la lubie d’un directeur général. (Olivier Ten, CGT, 22 juin)
En réalité, toute entreprise capitaliste s’efforce d’assurer sa survie dans la compétition internationale et d’augmenter sa rentabilité.

Les élus à écharpe tricolore (dont certains soutiennent le gouvernement Renaissance-MoDem-UDI-Horizons) sont invités le 22 à l’entrée des usines.
Nous sommes farouchement opposés à ce plan de restructuration. (Jean-Noël Dupré, maire UDI de Confolens, 22 juin)
Le lendemain, un parlementaire interpelle le gouvernement Macron-Lecornu.
En Haute-Vienne, on a tous quelque chose en nous de Legrand…. La réindustrialisation des territoires ruraux constitue un objectif affiché du Gouvernement comme condition essentielle de leur vitalité et de la souveraineté industrielle du pays, un tel projet apparait en contradiction. (Stéphane Delautrette, député PS, 23 juin)
Il n’y a rien à attendre du gouvernement au service du capital. Dès le 23 juin, les appareils syndicaux négocient le « plan socioéconomique » du patron, donc l’acceptent. Outre la suppression de 178 postes, les reclassements obligeraient à des démissions, sinon à des déplacements quotidiens, ou à des déménagements, spécialement pour ceux qui habitent à 250 km du site le plus proche. Les dizaines de travailleuses et de travailleurs précaires (intérimaires) n’auraient rien.
Comptons sur nos propres forces. Dans tous les sites (les 4 visés mais aussi Limoges, etc.) rassemblons-nous. Dans toutes les localités frappées de plein fouet et les villes voisines, rassemblons-nous. Imposons aux directions des syndicats de convoquer des assemblées générales sur les mots d’ordre qui unissent et garantissent l’avenir :
Aucune fermeture de site, aucune suppression d’emploi ! CDI pour les précaires ! Si Legrand maintient sa décision, grève générale de tout le groupe jusqu’à satisfaction ! Expropriation, sous le contrôle de l’ensemble des salariés, du groupe Legrand !
1 juillet 2026
