Congrès d’étude du Snesup-FSU, 3-4 juin

Entre deux congrès d’orientation, le Snesup-FSU (premier syndicat des enseignants-chercheurs) tient un « congrès d’étude ». Celui n’a pour « congrès » que le nom : la direction interdit le vote de tout mandat. Que s’agissait-il « d’étudier », selon le choix de la direction ?

  • Le texte du thème 1 « contre l’extrême-droite » n’appelait ni au combat contre Macron-Lecornu qui pave la voie à un gouvernement Bardella-Le Pen-Ciotti, ni à l’autodéfense alors que les flics et fascistes attaquent régulièrement dans les facs.
  • Le texte du thème 2 sur les doctorants maintenait les CSI, véritables jurys de sélection, n’appelait que pour la forme à un statut de fonctionnaire stagiaire… pour ceux qui veulent ! Autrement dit, vivent les « thèses d’entreprise » !
  • Le texte du thème 3 sur l’intelligence artificielle est creux, il refuse de poser la vraie question : l’émancipation de la recherche de la soumission au profit et à la préparation de la guerre, et de répondre par la seule solution : l’expropriation du capital (comme la faisait la CGT, dont est issue la FSU via la FEN)..

Des années de cogestion et de participation, défaites ont éloigné nombre de travailleuses et de travailleurs. Le congrès était composé au premier jour de 56 délégués, représentant 29 sections. Très peu de sections avaient réellement préparé ce congrès, la majorité était membre de la commission administrative du syndicat. Le second jour, des membres de la section locale (Le Havre) se sont arrogés le titre de délégué sans qu’une AG de section les ait désignés.

Dès le début du congrès, le secrétaire général de Lescure a donné le ton : hors de question d’aborder la guerre impérialiste, de l’inflation, du chômage… ces sujets n’étant pas dans les thèmes décidés par la bureaucratie à la tête du syndicat. Selon lui, le rôle du syndicat serait de proposer au gouvernement Macron-Lecornu des alternatives ! C’est effectivement ce que les chefs syndicaux ont fait avec le décret qui exclut des universités les étudiants étrangers, principalement issus des ex-colonies.

Les délégués Pour un syndicalisme de combat (PSC) n’ont pas plié. Un est intervenu en premier lors du débat général pour que les syndicats se mettent en ordre de bataille contre le militarisme tricolore, la privatisation de l’université, l’inflation, les licenciements…

Un autre s’est adressé au congrès pour que le syndicat rompe avec la participation et la cogestion, appelle à affronter le gouvernement Macron-Lecornu et donc avec l’ensemble des syndicats, appelle dès la rentrée aux AG, aux coordinations locales, régionales et nationale pour préparer la grève générale.

Tous les membres d’Action syndicale (Unité et action dans la FSU) et École émancipée ont caché leur étiquette. Les délégués AS-UA se sont réduits à des interventions locales sans autre perspective que les conseils d’administration, la cogestion. Un EE a appelé à voter pour un candidat « de gauche » à la présidentielle de 2027. Les travailleurs peuvent bien continuer à subir pendant ce temps-là. Les quelques véritables travailleuses et travailleurs ont noté l’absence de perspective donnée par la direction.

Comme à l’accoutumée, la majorité des débats du congrès se faisaient dans des commissions organisées autour de thèmes qui n’émanent pas des plénières, dont les responsables sont désignés à l’avance par l’appareil et dont les textes qui en résultent sont soigneusement écrits par ces mêmes responsables. En plénière, les chefs d’AS-UA ont voulu initialement interdire tout débat, tout amendement comme ils ont l’habitude de le faire. Mais PSC était intervenu en début de congrès pour qu’un bureau de congrès soit élu démocratiquement. Dans ce bureau, les délégués PSC et Agir-PSL contre l’avis initial du secrétaire général ont convaincu et obtenu que les textes soient bien discutés et amendés par la plénière. la démocratie dans le syndicat est une base essentielle : sinon, l’appareil a le monopole. Des motions ont été soumises mais la direction a réussi malgré tout à interdire tout débat et amendement. Les motions n’ont été connues des délégués que pour le temps de la lecture, hormis ceux concoctés par la direction AS-UA, bien sûr.

Malgré les intimidations bureaucratiques, la section de Toulon a déposé trois motions :

  • une pour l’échelle mobile des salaires, l’expropriation des grands groupes capitalistes qui licencient à tour de bras, contre les suppressions de poste dans l’enseignement, l’hôpital public… (7 pour, 22 contre, 17 abstentions, 3 NPPV) ;
  • une sur la situation au Moyen-Orient pour l’arrêt des livraisons d’armes à Israël, le retrait des troupes françaises de la région… (13 pour, 20 contre, 8 abstentions, 7 NPPV) ;
  • une pour augmenter la part des cotisations aux sections locales pour qu’elles puissent mener leur activité (5 pour, 36 contre, 4 abstentions, 6 NPPV).

Pour un syndicalisme de combat a aussi présenté une motion pour la relaxe de deux camarades de RP dont le porte-parole Anasse Kazib (12 pour, 21 contre, 11 abstentions, 5 NPPV). Le vote contre en majorité de cette motion montre l’intégration des bureaucraties syndicales à l’appareil d’État.

La seule motion adoptée a été celle d’Agir-PSL « Paix et désarmement » qui en appelle de manière idéaliste à la paix en s’en remettant… au « droit international » et à l’ONU. Cette ligne est celle du PCF (et d’AS-UA) à laquelle les fondateurs d’Agir ont appartenu. Le « droit international » n’a jamais empêché les chantages, les immixtions et les interventions des puissances impérialistes (dont les guerres coloniales de la France en Indochine et en Algérie, de multiples coups d’État en Afrique…). L’ONU a consacré la partition de la Palestine, reconnu Israël, validé la guerre de l’impérialisme américain (et français) en Corée contre la révolution chinoise, ratifié le blocus de l’Iran (résolutions 1696, 1737, 1747…, des exemples typiques de « droit international »).

Seule la mobilisation internationale des travailleurs peut empêcher la guerre mondiale que préparent toutes les puissances impérialistes (dont l’État français) en accentuant le dérèglement climatique, en réduisant les libertés et en étranglant l’enseignement et la santé publics,

Finalement, l’appel du congrès (42 pour, 3 contre, 4 abstentions, 1 NPPV, sans débat préalable) s’en remet au gouvernement et aux présidents d’université, sans aucune perspective de lutte, de défense de nos intérêts contre le gouvernement  du capital.

Malgré tout, quelques travailleuses et travailleurs conscients étaient présents. Souvent, ils ont voté en faveur des motions présentées par la section de Toulon et PSC. Ce sont avec ces camarades, et avec les milliers d’enseignants, d’autres travailleuses et travailleurs de l’ESR, syndiqués ou non, que PSC veut discuter, et pas en secret avec les chefs syndicaux à la botte du gouvernement des Baptiste et autres Nuñez.

Les syndicats doivent défendre les intérêts élémentaires de tous les travailleurs. Mais l’intégration de plus en plus avancée des appareils bureaucratiques à l’État les empêchent de jouer leur rôle.

À bas le militarisme tricolore ! Aucune soumission de l’ESR au patronat et à l’état-major ! Front unique ouvrier contre la répression ! Autodéfense de masse face aux flics et aux fachos !

Assez d’austérité pour la recherche et l’enseignement publics, doublement du budget de l’ESR ! Non à la privatisation, à la sélection, aux frais d’inscription ! Titularisation des précaires ! Expropriation des établissements capitalistes postbac !

Assez du syndicalisme « de proposition », rupture de la participation et de la cogestion ! Assemblées générales coordonnées localement, régionalement, nationalement pour décider les revendications et les arracher !

Un seul syndicat de l’ESR pour toutes les catégories ! Une seule confédération syndicale avec droit de tendance !

8 juin 2026

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