L’Université de Strasbourg contre les étudiants pauvres d’Afrique

En 2018 le gouvernement Macron-Philippe mit en place un dispositif cyniquement intitulé « Bienvenue en France », dont la mesure principale était la multiplication par plus de 15 des frais d’inscription à l’Université pour les étudiants étrangers hors UE, qui fut appliquée dès 2019. Actuellement, ces frais d’inscription « différenciés » s’élèvent à 2 985 euros en licence et 3 941 en master (contre respectivement 174 euros et 254 pour les ressortissants de l’UE). Des exonérations de ces frais « différenciés » sont possibles dans la limite de 10 % des effectifs d’étudiants étrangers. De plus l’organisation Campus France, qui gère l’opération et distribue les labels aux universités impliquées, exige de ces étudiants étrangers de détenir directement au moins 7 850 euros sur leur compte en banque

Une telle mesure, qui prétend faire croire que « plus cher c’est meilleur », vise en fait à se débarrasser des étudiants étrangers pauvres, notamment venus d’Afrique. Dans certains de ces pays pauvres, où 3 900 euros représentent souvent une année de salaire moyen, ces frais d’inscription majorés auxquels s’ajoutent la caution exigée par Campus France et le prix du voyage, qui vient d’augmenter considérablement, deviennent prohibitifs pour de nombreux candidats issus de familles modestes.

Plusieurs universités ne se sont pas pliées aux règles et ont exonéré en masse des étudiants étrangers, au-delà des 10 % des effectifs. Mais le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche vient de les rappeler à l’ordre :

La règle, ce sont les droits différenciés ; et l’exception, c’est l’exonération […] Les universités ne pourront plus édicter des exonérations massives. (Baptiste, Le Parisien, 20 avril)

L’Université de Strasbourg, toujours prompte à satisfaire les désidératas du gouvernement, a appliqué de façon stricte la limite de 10 % d’exonération. De plus, celle-ci est restreinte aux étudiants de licence, en continuation d’études, ou recrutés dans le cadre d’un partenariat international. Elle exclut donc les primo-entrants en master.

Fin 2025, 37 étudiants étrangers n’ayant pas pu s’acquitter de leurs frais d’inscription ont été désinscrits. Fin mars, 47 étudiants supplémentaires ont reçu une notification d’annulation de leur inscription administrative pour cause de « non-paiement de leurs frais d’inscription ». Ces étudiants, dont l’inscription pédagogique avait été validée par leur composante, s’étaient investis dans leurs études et avaient passé leurs examens partiels. Depuis, 10 ont finalement pu régulariser leur situation, mais il en reste 37 qui se voient perdre le bénéfice de leurs efforts, ne pouvant pas valider leur diplôme sans inscription administrative, et ils risquent alors de recevoir un OQTF. La plupart de ces étudiants viennent de pays pauvres d’Afrique, ils n’ont appris le montant de leurs frais d’inscription qu’à leur arrivée à Strasbourg (car de nombreuses universités pratiquent des exonérations). Ils ont dû galérer pour survivre, cumulant souvent leurs études avec un emploi à temps partiel.

L’intersyndicale (Snesup–FSU, Snasub-FSU, SNCS-FSU, Sud éducation, SES-CGT, SNTRS-CGT, FO-ESR, FSE, AES, Solidaires Étudiants) s’est adressée à la présidente de l’université pour demander l’exonération pour ces étudiants, invoquant « l’humanisme rhénan » et arguant que cela ferait passer le taux d’exonération de 9,8 % à 9,9 % et ne représenterait que 0,028 % du budget. Elle a lancé une pétition en ligne qui à ce jour a récolté plus de 3 500 signatures. Face au refus persistant de la présidence, le 16 avril elle a appelé à un rassemblement de 100 personnes devant le bâtiment central, avant de perturber le conseil d’administration qui s’y tenait.

Souvenons-nous la mesure discriminatoire a été décidée par l’État. Les présidents d’université sont de fait ses agents. Les conseils ont été mis en place par le gouvernement de Gaulle-Pompidou (aujourd’hui LR) pour servir de chambres d’enregistrement de décisions prises en haut et compromettre les organisations syndicales. Or, les composantes de l’intersyndicale y siègent à Strasbourg comme elles cogèrent à l’échelle de toute la France (CA, CNESR…).

Ce qu’il faut, c’est une mobilisation locale et nationale massive des étudiants et des travailleurs de l’enseignement supérieur, comme lors de la bataille contre le CPE en 2006, avec des assemblées de masse et des comités élus qui se coordonnent nationalement, sans hésiter à recourir à la grève générale contre le gouvernement Macron-Lecornu et sa politique militariste et anti-immigrée, qui étrangle l’université publique.

Solidarité : pas une étudiante, pas un étudiant ne doit être radié ! Gratuité des études !

Correspondant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *