Le Medef (l’organisation patronale qui représente le grand capital) trouve que le gouvernement bourgeois actuel (Renaissance-Modem-Horizons) fait trop de concessions au PS. C’est donc sans le Medef que les « partenaires sociaux » tiennent, sous l’égide de l’État, une « conférence sociale (dite TER) pour préparer ensemble ce qui est, dans la 5e république, l’élection des élections.
Lancée par le Premier ministre à la fin de l’année dernière, la Conférence Travail Emploi Retraites a réellement débuté le 30 janvier. L’objectif est ambitieux : produire un document d’ici à l’été qui puisse éclairer le prochain débat autour de la présidentielle. Cinq autres journées de travail sont prévues… Pour la CFDT, les travaux de la conférence ont bel et bien commencé, et ils correspondent à ce stade aux attentes. (CFDT, 3 février2026)
Chacun s’accorde à dire qu’il y a une urgence sociale dans ce pays. Pour nous, cette conférence doit permettre d’avancer sur des sujets transverses… Il ne faudrait pas qu’elle ne serve à rien. (FO, 2 février 2026)
En parallèle, les « partenaires sociaux » (les trois organisations patronales, Medef inclus, et cinq confédérations syndicales, CGT incluse) discutent depuis juin 2025 « un agenda, sans immixtion de l’État ».
Parmi les « propositions » que soumet le Medef depuis mars 2025, reprises en octobre sous le titre L’Avenir s’écrit avec les jeunes, l’organisation patronale réclame une mise aux pas des travailleurs de l’enseignement et la restriction du droit à l’enseignement des jeunes. Pour « tous les nouveaux professeurs de collèges et lycées professionnels » serait exigée « une immersion en entreprise ». Il conviendrait d’associer « les entrepreneurs à la définition des cartes de formations », de créer dans chaque fac un « bureau des entreprises chargé de faciliter les immersions », de multiplier les « formations bac +1 d’accès à l’emploi ».
En effet, le Medef, à sa façon, prépare l’avenir. Il fixe les tâches du futur gouvernement, qu’il soit RN-LR ou pas.
Le président du Medef, Patrick Martin, tient beaucoup à ce que ce sujet soit abordé. Il en parle presque systématiquement, à l’occasion d’interventions médiatiques ou, plus récemment, lors de ses vœux pour 2026 présentés, le 12 janvier, au Conseil économique, social et environnemental. (Le Monde, 31 janvier 2026)
Dans ces « propositions », figurait déjà, en n° 10, un contrat de travail qui permettrait aux patrons de déroger, pour tout jeune, aux maigres protections subsistant dans le droit du travail.
Ouvrons, avec les partenaires sociaux, une négociation interprofessionnelle sur l’emploi des jeunes pour créer un cadre spécifique de la relation de travail. Ce nouveau cadre offrirait davantage de visibilité et de flexibilité aux employeurs, tout en sécurisant les jeunes. L’idée est de multiplier les opportunités d’emploi pour les jeunes, notamment les plus éloignés du marché du travail… Parmi les pistes : un allongement de la période d’essai. (Medef, L’Avenir s’écrit avec les jeunes, 15 octobre 2025, p. 2)
Les partis bourgeois et les organisations patronales utilisent l’argument du chômage des jeunes (21,5 % selon l’INSEE, 10 février) pour démanteler ce qui reste des protections arrachées collectivement et pour diviser la classe ouvrière entre expérimentés, jeunes et âgés ; nationaux, européens, étrangers munis de titre de séjour et étrangers sans papiers ; hommes et femmes ; fonctionnaires titulaires, contrats à durée indéterminée à plein temps et précaires ; très qualifiées, qualifiés et peu qualifiés…
La presse a révélé que le contrat jeune du Medef était au menu le 28 janvier des rencontres entre « partenaires sociaux ».
Mercredi 28 janvier, le Medef a dévoilé ses propositions sur l’emploi des jeunes lors d’une rencontre qui a eu lieu dans son siège national avec deux autres organisations patronales et les cinq principaux syndicats. Révélées par la l’agence de presse AEF, certaines de ces pistes comportent de grandes similitudes avec des projets controversés il y a deux ou trois décennies. (Le Monde, 1er février 2026)
Pour les capitalistes, les exemptions de cotisations sociales, la surexploitation des immigrés, des apprentis et des stagiaires ne suffit pas ; l’intérim et les contrats à durée déterminée ne suffisent pas. Le nouveau contrat de travail à durée indéterminée autoriserait des salaires au-dessous du smic pour « faciliter l’emploi des jeunes ».
Les contrats jeunes n’auraient de durée indéterminée que le nom puisqu’ils pourraient « être rompus sans motif pendant les premières années ». L’employeur aurait une « obligation de formation », mais elle serait « spécifique », uniquement valable sur ce poste-là, dans cette entreprise-là, sans diplôme valable ailleurs. Le jeune aura simplement appris à faire ce pour quoi son patron l’a embauché et le patron peut « embaucher des jeunes sans craindre les contentieux ».
Le Medef souhaite prolonger la durée de la période d’essai (aujourd’hui, maximum 4 mois pour les ouvriers et employés, 6 mois pour les techniciens et 8 mois pour les cadres), mais aussi allonger la durée légale des CDD (de 18 mois actuellement) et supprimer le délai de carence entre deux missions.
Devant les révélations de la presse, l’Unef et la CGT font semblant de découvrir l’infâme contrat jeune du Medef.
Ce projet est une déclaration de guerre contre les jeunes et les salarié.es. La CGT refusera catégoriquement de s’engager dans toute négociation qui comporte ces éléments. Si le patronat tente d’imposer ces propositions, il trouvera la CGT sur son chemin ! (CGT, Communiqué, 31 janvier)
Mais, en réalité, les bureaucrates syndicaux pavent le chemin du patronat en acceptant de discuter de ses « propositions », de « négocier » les projets de loi avec le gouvernement (y compris contre les retraites en 2022-2023, contre les droits des chômeurs en 2024-2025), en acceptant de gérer le salaire indirect avec les exploiteurs dans toutes les branches de la Sécu et l’assurance-chômage, de siéger dans le Conseil d’orientation des retraites, dans les conseils d’administration de groupes capitalistes, dans les conseils d’administration des lycées et des universités, etc.
D’ailleurs, France Universités (anciennement Conférence des présidents d’université) vient de signer un accord avec le Medef pour soumettre toujours plus l’enseignement supérieur au capital.
Le rapprochement entre universités et monde économique constitue un pilier majeur de ce partenariat. La convention prévoir de renforcer la place des entreprises dans la gouvernance et les activités universitaires, notamment par la promotion de vice-présidences dédiées, la création de bureau des entreprises, l’implication dans le pilotage des cartes des formations… (FU & Medef, Convention, 12 février 2026, p. 3)
Le projet de contrat jeune rappelle le CIP de Balladur de 1994 et le CPE de Chirac-Villepin de 2006 qui ont été rejetés par la lutte de la jeunesse appuyée par la classe ouvrière. Depuis, la classe ouvrière a reculé, suite à la politique « réformiste » de ses partis et aux trahisons du syndicalisme de proposition et de cogestion. C’est pourquoi les attaques que le capital et son État n’avaient pu faire passer hier refont surface. C’est pourquoi, pour y mettre fin, il faut renverser le capitalisme, instaurer un gouvernement des travailleurs, exproprier les groupes capitalistes, faire dépérir les frontières…
Dans les syndicats de travailleurs et d’étudiants, dans les organisations de jeunesse, dans les assemblées générales, exigeons :
· Boycott par toutes les confédérations de la « conférence TER » du gouvernement !
· Plus aucun responsable syndical aux prétendues consultations du Medef !
· Représentants des travailleurs et futurs travailleurs, hors de tous les organes de cogestion et de collaboration de classe (COR, CESE…) !
13 février 2026
